A la rencontre de: Enrique « Kancho » Fernandez

Salut tout le monde,

Aujourd’hui, l’article consacré au monde du MMA sera une interview, la première du blog. J’espère en faire régulièrement. Pour cette première interview, j’ai voulu choisir quelqu’un de particulier pour moi, ainsi que pour le sport de combat en Belgique. Il s’agit de  Enrique ‘Kancho’ Fernandez, gérant et entraîneur au Ringside. Il a été mon premier et seul entraîneur, c’est lui qui m’a donné goût aux sports de combat.


Bonjour Enrique, merci d’accepter cette interview. Je commence directement avec une question classique; Peux-tu brièvement me dire comment tu es rentré dans les sports de combat ? Qui t’y a initié ?

C’est issu de ma famille sportive; mon grand-père faisait de la boxe, mon père également. C’était il y a plus de 30 ans, donc à l’époque, les arts martiaux se résumaient au karaté, au judo et à l’aïkido. Comme tous les enfants qui aiment la vague karatéka, j’ai voulu en faire. Ma mère était protectrice et n’aimait donc pas trop les sports poings-pieds; j’ai donc commencé par le judo dans mon école.

Après, comme mon père faisait de l’anglaise, j’ai pu en faire un peu avec lui. Cependant, étant jeune, je n’ai pas continué car ma mère était un peu contre. J’ai ensuite commencé le karaté, sans lâcher le judo, car on y retrouve les poings. Egalement, j’ai essayé d’autres arts comme le kung-fu par exemple, mais c’est au karaté que j’ai accroché. J’ai fait des compétitions en karaté, toujours avec mon background de judoka. J’étais l’un des seuls à pratiquer les deux en même temps, ce qui me donnait un avantage lors des compétitions, notamment grâce aux projections.

Par la suite, je me suis fort intéressé à la boxe thaïlandaise car il y a pas mal de projections possibles, principalement lors des clinch. C’est un sport de contact, mais la voix de ma mère avait moins de poids, car j’étais déjà adolescant à ce moment-là. Donc, je m’entraînais avec mon père, qui m’a coaché lors de pas mal de combats. Je n’ai jamais lâché le judo, ni le karaté, et d’ailleurs, j’ai, avec mon professeur, créé un karaté, le Shihaishinkai.

Le Shihaishinkai, dis-nous en un peu plus sur ce karaté ?

C’est donc un karaté que j’ai créé avec mon professeur, qui change un peu des autres dans la mesure où le but visé est le KO. On y a introduit des étranglements et soumissions également. On y fait aussi bien du poings-pieds, que du sol (Ndlr: c’est un excellent karaté pour les combattants en MMA). Ce qui donne, pour moi, un sport très complet dans la pédagogie des arts martiaux, avec une structure de ceintures.

Ringside, comment as-tu lancé ce projet ?

C’est en fait un choix de vie. A l’époque, j’avais fini mes études et trouvé un très bon boulot. Mais la société dans laquelle je travaillais a fait faillite. J’ai dès lors été confronté à une situation où il a fallu faire un choix; je pouvais aller travailler en Asie ou dans le sud de la France. Mais j’avais ma femme et mon enfant ici, et comme le sport marchait bien pour moi, j’ai ouvert ma première salle, puis ma deuxième, et voilà, maintenant, il y a Ringside, qui est une salle d’entraînement ouverte à tous. En parallèle, j’ai lancé une équipe de semi-pros et professionnels, qui s’appelle la Thoughring team.

Très inspirant ! On va maintenant transiter vers des sujets plus large; que penses-tu du MMA actuel, sa perçée aux U.S.A. et ce qu’il en est en Belgique ?

Je pense que nous ne pouvons simplement pas comparer les Etats-Unis et l’Europe, ou la Belgique à ce niveau-là. Là-bas, disons qu’ils sont plus ouverts et acceptent plus facilement la nouveauté. Un grand événement organisé aux US va toucher des millions de gens. En Belgique, un événement touchera seulement ceux qui baignent dans les sports de combat.

Pour résumer, disons qu’en Belgique, tout va « par vague »; d’abord il y a eu le karaté. Ensuite, il y a eu le full contact, et là, la société (le gouvernement, la mentalité des gens) a eu du mal à l’accepter. Il fallait faire attention, éviter d’utiliser le terme « full contact » pour les compétitions. Avec le temps, ce sport est très bien passé. Une fois le full contact « normalisé », il y a eu la vague du Kickboxing, puis celle de la boxe thaï. Le processus est chaque fois identique; c’est la catastrophe au début, freiné par le ministère, ou par la mentalité de la population, ou autre chose, mais au final ça se fait accepter. En fait, je dirais que tout vient, mais est freiné par divers facteurs, ce qui n’est pas le cas de l’autre côté de l’Atlantique. Donc, le MMA va être reconnu en Belgique dans un futur plus ou moins proche, il faut juste laisser le temps car actuellement, il est encore trop lié à des mots tels que free fights, qui ne donne pas l’image qu’il faut.

Justement, que penses-tu qu’il manque pour que le MMA s’impose plus rapidemment chez nous ?

Tout est une question de communication. On ne peut pas en vouloir aux gens derrière leur bureau d’être contre, en effet, ils veulent protéger la santé des gens et d’un point de vue extérieur, le MMA semble « dangereux« . Il faut pouvoir leur montrer ce sport sous le bon angle, afin qu’il soit accepté et bien vu.

Egalement, l’éventuelle venue de l’UFC à Bruxelles, capitale de l’Europe, va révolutionner le monde du MMA en Europe. L’organisation est déjà venue en Angleterre, en Allemagne, hier, en Suède et a déjà fait avancer quelque peu les choses.

Est-ce que tu suis un peu les sports de combat au niveau international ? Si oui, quels sont tes combattants préférés, et pourquoi ?

Bien sûr, c’est mon domaine. J’achète les fight magazine et autres revues. Alors, pour commencer, je dirais que j’ai du respect pour tous les combattants. Il faut beaucoup de qualités et de courage pour devenir pro dans ce domaine. Je suis le MMA depuis le début (Ndlr: en 1993, le lancement de l’UFC) et j’adore le marketing des Gracie. Mais il y a deux combattants que j’apprécie vraiment.

Le premier, c’est quelqu’un qui a su évoluer avec le sport, il n’est pas resté scotché à ses techniques. Il était là depuis les premiers UFC et est resté au plus haut niveau toute sa carrière, il a eu des ceintures dans deux catégories de poids, sa boxe, son sol se sont améliorés avec le temps, et il a combattu à ce niveau jusqu’à ses 47 ans !  Randy The Natural Couture. (Ndlr: United States Randy Couture, 19-11 dont 24 en UFC, dont 15 pour une ceinture ! Il a été champion heavyweight (-120 kg) et light heavyweight (-93 kg), fait partie du hall of fame de l’UFC).

Le deuxième, c’est un autre volet. Alors que Randy représente plutôt l’évolution des sports de combat, mon second représente vraiment le MMA à proprement parler. Il s’agit de Cain Velasquez (Ndlr: United States Cain Velasquez, 9-1, a gagné ses 9 premiers combats jusqu’à être champion de l’UFC en heavyweight, il vient de perdre sa ceinture contre Junior Cigano Dos Santos. Prochain combat face à Frank Mir, UFC 146)

Pour terminer, on a parlé de ton parcours dans le domaine, on a parlé du niveau international. Belgium Tarec Saffiedine a été entraîné par toi. Es-tu étonné de sa perçée ou semble-t-elle normale ? Jusqu’où penses-tu qu’il peut aller ?

Etonné ? Non, je ne le suis pas du tout. Je l’ai cotoyé plusieurs années, je connais son background. C’est quelqu’un de très intelligent, sérieux, consciencieux et très travailleur ! Il est encore loin de ses capacités (Ndlr: alors qu’il est dans le top du roster Strikeforce). Il peut aller très loin; moi, j’ai toujours dit qu’il sera le premier belge à l’UFC. Sa famille le suit, ce qui est très important.

Et ce que j’aime chez lui, c’est qu’il est humble, il est simple, il est bien.

Sponge, c’est son surnom. Apparement, ce serait toi qui lui aurais donné. Peux-tu confirmer cette information et nous l’expliquer si c’est vrai ?

Oui, c’est une remarque que je lui avais faite: « Tu es une vraie éponge, Tarec ! ». Il s’entraînait matins et après-midis. Si je lui montrais une technique le matin, je ne devais pas la lui remontrer l’après-midi et il cherchait toujours à perfectionner les mouvements, les techniques. Tout rentrait dans une oreille et ne sortait pas par l’autre. C’est un grand avantage. Donc Sponge vient du fait qu’il absorbe tout. Et non seulement, il absorbe tout, mais en plus, il étudie ce qu’on lui apprend.

C’était ma dernière question, si tu as quelque chose à ajouter, tu peux le faire maintenant.

Ce que je voudrais rajouter, c’est que c’est très bien ce que tu fais. Il faut des gens qui crééent des sites, des blogs pour diffuser ce qu’est le MMA, le vrai MMA, car ça n’a rien à voir avec de la violence. Il faut que la société comprenne que c’est réglementé.

Merci pour ton temps.


J’espère que vous avez aimé cette interview. Si vous voulez vous lancer dans les sports de combat, je conseille réellement Ringside pour les Bruxellois, je m’y suis entraîné 3 ans et maintenant que, faute de temps, je n’y vais plus, ça me manque.

Kancho & Chris



Catégories :Portrait

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6 réponses

  1. Je suis français et donc connais pas la personne interviewée, mais c’est une très chouette interview. Et au niveau MMA, France – Belgique, c’est le même combat donc, très intéressante cette lecture.

    Et go Tarec Saffiedine. Je ne connaissais pas non plus avant son combat contre Scott Smith, et waw, quelle performance !!

  2. Très belle interview. J’espère que d’autres suivront.

  3. Chapeau !!
    respect à ce Môssieur

  4. Belle interview! Merci de faire connaître le MMA, le shihaishinkai et Kancho Enrique!!

Rétroliens

  1. Enrique “Kancho” Fernandez Interview « chrismmathoughts
  2. Tarec “Sponge” Saffiedine: L’interview « chrismmathoughts

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