Analyse de Rumble; contre Gustafsson, et Jones

Pendant que la MMAsphère s’extasie sur Mark Hunt et sa presque réussite de l’histoire cendrillonesque dans le monde du MMA, Anthony Johnson est finalement celui qui s’en rapproche le plus. Après avoir joué le rôle de gatekeeper des poids Welter (-77kg) entre 2007 et 2011 à l’UFC, celui qui a toujours eu du mal à faire son cut de 95 à 77 kg décide de monter en middleweight, mais rate une nouvelle fois son cut à 84kg, pour perdre face au redoutable Vitor Belfort. C’en était trop pour l’UFC qui décide de l’éjecter de l’organisation.

Une leçon dure pour l’Américain, mais une leçon importante, vitale ! Après avoir une nouvelle fois raté sa pesée au Titan FC, il se décide enfin de combattre plus proche de son poids naturel, en Light Heavyweight, chez les moins de 93 kilos. 3 TKO plus tard, il accepte même un superfight face à Andrei Arlovski, qu’il bat en poids lourd, pour quand même continuer sa carrière chez les -93. Et nous sommes aujourd’hui. Depuis 2012, sa dernière défaite provoquant son C4 à l’UFC, il gagne 6 combats en dehors de l’organisation, dont 4 finishes, et est maintenant sur une série de 3 victoires de retour sous la meilleure bannière du sport. 9 victoires consécutives, dont les 3 dernières face aux notables Phil Davis par décision, Lil Nog par KO et l’extraordinaire victoire du week-end dernier contre Alexander Gustafsson par TKO dans la première reprise lui vallent un bien mérité title shot. Aucune date, mais un adversaire; Jon Jones.Anthony Rumble Johnson

Comme dans tous les sports, il n’existe pas de mathématiques dans le MMA. Alexander « The Mauler » Gustafsson représente à l’heure actuelle le plus dur challenge du champion de la catégorie. Certains pensent d’ailleurs que le Suédois méritait de voir sa main levée, et le président lui attacher la ceinture au terme de ces 25 minutes incroyables. Mais il n’a fallu que 2 minutes et 15 secondes à Young man Rumble Young Man pour « maul the mauler ». Cela ne veut absolument rien dire, mais mérite une profonde analyse technique !

Samedi 24 janvier, ou plutôt dimanche 25 janvier, 3h53 heure locale à Stockholm, Anthony Rumble Johnson entreprend son walkout en territoire ennemi. 3 minutes plus tard, la star des terres Suédoises monte dans le ring sécurisé sous les tonnerres d’applaudissements et d’encouragements des 33.000 fans présents dans la Tele2 Arena. L’affrontement qui allait ponctué une soirée parfaite d’Arts Martiaux Mixtes était sur le point de commencer.

Alexander, 8 centimètres plus grand que son adversaire, possède deux choix, comme dans la majorité de ses combats;

    • fight tall – Rester le plus haut possible afin de profiter d’une meilleure allonge, dont un avantage indirect est le contrôle si l’adversaire fait l’erreur naturelle de s’abaisser en courbant le dos plutôt qu’en baissant le niveau de ses hanches offrant des opportunités de thai clinch, uppercut ou genoux (meilleurs exemples apparaissant dans son affrontement contre Shogun). Indéniablement, à distance, on lit facilement les agressions adverses et il est facile de les contrer (meilleur exemple: son contre au premier round face à Thiago Silva). A distance réduite, le gros désavantage étant la visibilité réduite de l’adversaire; on y reviendra ultérieurement.
    • ou fight spread Augmenter l’espace entre les appuis et baisser le centre de gravité; on y gagne en vision de l’adversaire à courte & lointaine distance (meilleur exemple: les premiers rounds face à JJ), on peut générer plus de puissance dans les coups, mais la tête devient plus accessible, et l’inconvénient étant que l’adversaire plus petit pourra toujours (plus difficilement) duck under et pourra lui aussi squat afin de garder un niveau plus bas, tout en étant toujours capable d’échanger au striking.

Face à des adversaires de taille équivalente, tel que Jon Jones ou Cyrille Diabaté, on le voit choisir intelligemment la seconde option. Face à certains lutteurs plus petit, on le voit également prendre cette posture qui a bien fonctionnée pour lui. Cependant, ce soir, il décide de combattre comme il l’a fait contre d’autres excellents strikers, tels que Shogun Rua ou Jimi Manuwa, ce qui peut ne pas être un mauvais choix au vu de ses performances ! Mais, cette nuit du 24 au 25 janvier 2015, ce n’était pas le choix à faire, puisque Anthony Johnson est un athlète qu’on catégorise de « pressure fighter », contre lequel il est extrêmement difficile de garder une distance avantageuse vu la différence de taille. En plus d’être un artiste des sports de combat qui ne cesse d’avancer, l’Américain n’est absolument pas dérangé par changer de stance et passer de droitier à gaucher juste pour couper les angles. Son but est d’être en permanence en position d’envoyer un knockout blow, en plus de garder la pression et couper un maximum les angles; quitte à faire des déplacements latéraux que peu sont capables de faire et surtout de gérer.

Anthony Johnson contre Phil DavisNous pensons notamment à ce combat face à Phil Davis, en constant déplacement, où Johnson semblait ne pas avoir de posture, mais réussissait à contre-attaquer, étonnament avec de parfaits high kick à certaines occasions ! Le KO power se génère du sol, Rumble doit donc baisser son centre de gravité, ce qu’il gère incroyablement bien. Combattre haut face à une telle posture peut représenter un bel avantage à condition d’avoir une bonne gestion de l’espace, ce que le Suédois n’a pas eu dû à la constante pression de son adversaire. Combattre haut face à une telle posture possède l’énorme désavantage de ne pas voir l’entièrté du corps de son adversaire et de ne pas pouvoir lire le body language de celui-ci. Conséquence; on ne verra pas les low kicks venir, on ne verra pas les looping overhands venir (Preuves ? Roy Nelson, Mark Hunt) et si on rate un jab, on a énormément de mal à gérer le contre. Face à Johnson, c’est une erreur à ne pas commettre, surtout parce qu’on ne peut pas circuler à l’opposé de son powerside; il n’est pas dérangé par les switch et peut dès lors générer assez de puissance d’un côté comme de l’autre. Il fait relativement fort penser à Mike Tyson qui n’hésitait jamais à aligner latéralement ses pieds pour couper un angle et attaquer le corps ou envoyer un crochet à son pauvre adversaire.

Anthony Johnson High kick sur GustafssonAprès la petite pause dûe au eye poke, The Mauler a réadapté sa stratégie en voulant exploiter davantage du straight striking et un peu plus de pression de son côté pour rester lui dans le centre de la cage. Hélas, lorsqu’un athlète balance un front kick face à un adversaire possédant un KO power, il ne doit jamais être trop optimiste et considérer que son front kick touchera parfaitement celui qui se trouve en face de lui. Il est primordial de reculer son centre de gravité et sa balance permettant de reposer son pied à la position initiale après le kick. Hélas, sa balance trop dirigée vers l’avant, lui a causé un déséquilibre lorsque Johnson a esquivé la tentative et était à distance idéale pour contre-attaquer et sonner le grand Viking. A partir de là, il ne restait plus grand chose à faire; survivre face à un combattant pouvant combattre en orthodoxe comme en southpaw est presque de l’ordre de l’impossible; reculer, c’est se mettre la corde au cou, circuler latéralement, il n’y a pas de côté idéal et casser la distance est relativement difficile. La suite, on l’a vue.Anthony Johnson et Gustafsson

Cette analyse en dit très long sur Anthony Johnson; il impose son jeu. Et son jeu est excellent face à des adversaires plus grand que lui. Qu’arrivera-t-il face à Jon Jones, qui a un moins bon jeu de jambes que le Suédois; l’une des capacités pouvant bien être anti-pressure fighter ? Jon Jones, celui qui combat tout le temps haut, même face à Gustafsson, ce qui lui a posé problème. Bien que le champion ait géré tous ses combats face à des combattants qui avancent – Daniel Cormier, Chael Sonnen, Machida lorsqu’il contre – cela lui arrive de se faire bien toucher même si son adversaire est beaucoup plus petit ! Et se faire toucher par Anthony Johnson, contamment à la recherche du finish n’est pas une option. Cependant, il a la chance d’avoir le grand tacticien Greg Jackson, qui analysera certainement ce comportement (ou lira mon article, who knows ?) et appliquera une bonne tactique pour son jeune champion avec peut-être une bonne posture à la Rory MacDonald, un autre poulain de la même équipe, qui serait extrêmement efficace pour ce genre d’adversaire.

Sur papier, tout le monde, sans analyse poussée, aura la correcte pensée de dire que Johnson est capable de finaliser Bones tôt dans le combat, mais que sur la distance, celui qui détient actuellement la ceinture aura l’avantage. C’est du MMA, tout peut arriver, mais ces deux scénarios sont les plus probables, que l’on pousse l’analyse ou non.

Machida touche JonesLe poulain de la Blackzilian ne changera probablement pas son style. Il va avancer et chercher à envoyer le coup parfait. Sous pression, le champion réussit très bien à contrer intelligemment et de manière surprenante; on l’a vu contrer avec des high kicks face à Cormier. Et il est très fort pour ne pas rater les risques qu’il prend. Même à proximité de la cage, il bouge bien et sait comment tenir son adversaire à distance lorsqu’il regagne le centre de la zone d’affrontement. Il reste ceci dit vulnérable aux attaques d’un bon boxeur qui n’a pas peur de lui faire face et cette fois, il aura droit à un adversaire qui n’a jamais eu peur de sa carrière et qu’on voit mal être impressionné par le champion après avoir détruit un grand athlète devant ses 30.000 supporters. L’UFC n’aura pas besoin de faire de trailer, ni même de promotion pour cette affiche; les styles suffisent à nous donner l’envie de voir cette dispute pour la ceinture. On utilise trop souvent et très mal « il n’a jamais combattu quelqu’un de ce calibre ». Jon Jones a déjà gagné face à des adversaires d’un aussi haut calibre qu’Anthony, mais il n’a jamais affronté un adversaire de ce style, qui pourrait cette fois-ci enfin représenter sa cryptonite. Les fausses idées que Texeira ou Sonnen représentaient sa cryptonite était juste un coup marketing pour vendre des affiches peu attirantes. La cryptonite du champion ne se trouve pas dans un background (Lutte/Boxe/karaté) mais dans un style et dans une philosophie qui comme expliqué dans l’article, sont incarnés par le futur challenger. La beauté de ce sport réside partiellement dans le fait que tout peut arriver, on peut avoir le style parfait face à quelqu’un, mais un coup suffit pour tout changer. Le champion est capable de gérer n’importe quelle situation, mais celle-ci sera la pus intéressante.

Oui, face à Gustafsson, les connaisseurs disaient la même chose, mais ce dernier à adopter un nouveau style pour ce combat précis, bien réfléchi, qui fait qu’on parle du combat le plus intéressant de Jon Jones à ce jour et peu voient un autre style prendre le dessus sur le Fight Of The Year 2013. Attendons, celui-ci à tout sur papier pour être encore plus disputé !

Par Christopher Genachte



Catégories :Post-Analyse

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