L’altitude entre Fabricio Werdum et Cain Velasquez

Bête jeu de mots. Non, il ne s’agit pas d’un article sur l’attitude, mais sur l’altitude. Le week-end passé, à l’issu du main event de l’UFC 188 entre Fabricio Werdum et Cain Velasquez, de nombreuses discussions ont démarré. En effet, Fabricio Werdum, grand underdog dans cette unification des ceintures chez les poids lourds, l’a emporté haut la main. Le champion poids lourd de l’UFC, en général surnommé « Baddest Man On the Planet » ressemble maintenant à ceci:

Rassurant dans ce monde de brutes. Bizarre dans la MMAsphère. Quoi qu’il en soit, nombreux sont les fans et les analystes qui ne donnent pas le crédit que le Brésilien mérite suite à cette victoire, et trouvent plutôt des excuses à Cain Velasquez; il ne s’est pas entraîné en altitude, il n’avait pas combattu depuis 2 ans, il s’est vite fatigué, il avait trop la pression du pays. La vérité, c’est… Train smart, fight smart. A l’image des deux nouveaux champions, Rafael Dos Anjos & Joanna Jedrzejczyk (référence à l’importance du Fight IQ), Fabricio a non seulement combattu intelligemment, mais il s’est aussi préparé intelligemment. Un atout qu’on ne peut pas lui retirer !

C’est lui qui a décidé de prendre la difficulté de s’isoler, loin de ses proches, en montagne pour se préparer à ce combat pour le titre. C’est Cain Velasquez qui a décidé de ne pas le faire, pensant que 2 semaines suffiraient. Un point important à souligner; la semaine précédent le combat, les athlètes ne s’entraînent presque pas dû aux nombreuses demandent médiatiques (signatures de posters, interviews, phone calls, media day, media scrum, weigh in event, …) et au weight cut pour certains.

Cet événement dans l’ensemble, mais principalement cette affiche principale soulève la question de l’altitude; en quoi cela affecte les athlètes ?

Ceci est la conséquence lorsqu’un athlète sous-estime l’importance de l’altitude. Entre autre. Parce que l’altitude, dans cet affrontement, n’a joué qu’un tout petit rôle. Encore une fois, Fabricio mérite tout le crédit de s’être bien préparé. Ce n’est pas l’altitude de Mexico City qui a joué en la défaveur du Mexicain, c’est l’intelligence lors de la préparation du poulain de Kings MMA qui a joué en sa faveur.





D’après plusieurs sources, l’acclimatisation est cruciale pour un athlète lorsqu’une compétition prend place à plus de 1.500 mètres d’altitude. L’arena Ciudad de Mexico se trouvant à environ 2.200 mètres d’altitude, la question ne se posait pas; il fallait s’acclimater !

Lorsqu’un humain inspire, il envoie de l’oxygène dans ses alvéoles pulmonaires – genre de sacs dans les poumons – cet oxygène est transporté, via le sang, aux cellules. Cet échange gazeux entre les alvéoles et le sang (le fait que l’O2 soit diffusé alors que le CO2 est expulsé) s’appelle la différence de pression partielle. La pression de l’oxygène exercée dans les alvéoles est plus grande que celle dans le sang aux alentours des poumons. Si il y a moins de pression, comme en altitude, cela a du sens que la différence entre les pressions dans les alvéoles et dans le sang diminuera; dès lors, moins d’oxygène sera envoyé des poumons dans le sang.

Au niveau de la mer, la pression partielle d’oxygène est d’environ 159mmHg. A Mexico City, cela tombe à 120-125 à peu près (et 48 au point culminant de l’Everest). Quelles en sont donc les conséquences ?

  • La fréquence respiratoire augmente, tant au repos que pendant l’effort.
  • La diffusion d’oxygène diminue (la saturation d’hémoglobine – qui capte l’oxygène dans le sang –  passe de 98% au niveau de la mer à 92% pour l’altitude de Mexico City)
  • L’envoie d’oxygène aux cellules diminue également. Au niveau de la mer, la différence de pression est de 60% environ; 100mmHg dans le sang pour 40 dans les cellules. A Mexico City, la différence diminue puisque la pression dans le sang tombe à 60mmHg alors que celle dans les cellules reste inchangée; une diminution de 70% d’oxygène passant dans le sang pour arriver aux cellules à cette altitude.
  • Le VO2 diminue lui aussi. Le VO2 est l’absorption maximale d’oxygène. Tous les 1.000 mètres au-dela des 1.500 mètres d’altitude, celle-ci diminue de 8 à 11%.

Ceci provoque des diminutions de performances en altitude. Peu importe le niveau d’entraînement. A quoi bon s’acclimater alors ?

En plus de ces conséquences en terme d’oxygène, le système cardiovasculaire n’en est pas épargné les premiers jours; d’où l’importance de s’acclimater. Le volume sanguin diminue, le débit cardiaque au repos entre des exercices augmente et le rythme cardiaque maximal de l’athlète diminue. D’une importance primordiale pour des athlètes en MMA qui font de gros efforts pendant 5 minutes avant de pouvoir récupérer pendant 60 secondes !

Le temps d’acclimatisation à 2.200 mètres est de deux semaines minimum. Une semaine supplémentaire tous les 600 mètres ajoutés. L’acclimatisation jouera un rôle important pour les conditions cardiovasculaires, cependant, les performances diminueront quoi qu’il en soit dû à ce manque d’oxygène. L’acclimatisation permettra de:

  • Augmenter le nombre de globules rouges: le manque d’oxygène libère l’érythropoïétine, cette hormone responsable de la production de globules rouges. L’hématocrite (la concentration de globule rouge dans un certain volume sanguin) est de 45-48%. Une fois acclimaté en altitude, ce nombre peut facilement atteindre les 57-59%. Bien qu’après 2 semaines, l’athlète retrouvera le taux moyen, sur du plus long terme, cela lui permettra d’aller au-delà du taux qu’il aurait au niveau de la mer.
  • La stabilisation de la ventalisation pulmonaire
  • La diminution du débit cardique entre les efforts: Les premiers jours, ce débit augmente. Mais ici aussi, l’acclimatisation permet de réguler ce rythme, jusqu’à le diminuer sous celui qu’un athlète aurait au niveau de la mer. Le plus long, le mieux.
  • Réduction de la surface transversale des muscles: Après 4-6 semaines en altitude, la surface des fibres musculaires à fibrillation lente comme rapide diminue de 20 à 25%. Ceci diminue alors la surface musculaire de 11 à 13%. Paradoxalement, cela n’affectera pas les performances musculaires de l’athlète, ou très peu; sa force pure ne diminuera que très peu. En revanche, le besoin d’oxygène du muscle diminuera et l’athlète se fatiguera donc moins vite !

Les études montrent qu’à 2200 mètres d’altitude, un athlète nécessitera minimum 2 semaines d’entraînement pour s’acclimater. Cependant une acclimatisation complète demandera entre 4 et 6 semaines; bien que la plupart des adaptations physiologiques ont besoin de 2 semaines seulement, il est important de comprendre que durant ces deux semaines, l’athlète ne performera pas du tout à son niveau habituel. Ils s’entraîneront donc à 60% de leur capacité et augmenteront graduellement durant ces 14 jours.

Cain Velasquez était présent à Mexico City seulement 2 semaines avant le jour-J, incluant la semaine médiatique, fort réduite en entraînement. Fabricio, quant à lui, s’est totalement acclimaté pour le combat le plus important de sa carrière.

Mais il n’y a pas que cela qui a joué dans sa victoire. Dans plusieurs articles, Rafael Cordeiro est vu comme cet excellent coach qui n’a pas une approche scientique; il ne fait pas de bons boxeurs, il construit de bons combattants. Certes, Fabricio, Dos Anjos ont tous deux fort évolué depuis leur arrivée chez ce maître. Mais il est clair qu’ils ont également une intelligence de combat hors norme, au delà d’un mental et d’une confiance fort développée.

L’altitude a-t-elle jouée un rôle ? Certes. Mais ce n’est pas tout.

La force de Cain ? La pression, le cardio, le mix parfait entre lutte et boxe pour garder son adversaire sur l’hésitation et la défensive. Cela a bien fonctionné au début du combat, malgré que les deux concernés commencaient très mal à envoyer un low-kick chacun sans préparation:

Suite à cet échange où Werdum se retrouve au sol – comme face à Fedor – Cain décide de ne pas aller dans la garde du Brésilien. Sage décision puisque ce dernier possède la meilleure garde du sport, actuellement. Sage décision, mais bonne décision ? Peut-être pas. Son jeu se base justement sur le questionnement de l’autre. Va-t-il me lutter ? Va-t-il me boxer ? Va-t-il chercher le clinch ? Voilà déjà une question en moins pour le champion intérimaire à ce moment précis – après seulement 10 secondes dans le combat. Pas grave, le champion avait décidé de ne pas jouer dans la garde de Fabricio, il va quand même imposer son gameplan à cette exception près.

Son autre force, le clinch contre la cage où il aime prendre l’underhook, mettre la pression sur son adversaire à l’aide de son front et boxer avec sa main libre en créant et gérant lui-même l’espace. Fabricio y était également préparé. Spécialité contre spécialité; le dirty boxing du Mexicain face au Thai Clinch ou Double Collar Tie du Brésilien, comme annoncé dans la couverture de ce combat.

Un duel que le Mexicain a quand même essayé de gagner pendant plusieurs minutes, jusqu’à ce que l’un des risques de ce stratagème se présente: à distance si rapprochée, il est aisé pour un grappler de haut niveau de prendre la garde, ou pire, amener lui-même le combat au sol, jusqu’à prendre une position au dessus. Lorsque Cain s’est brièvement retrouvé sur son dos, son gameplan a à nouveau changé. Lutte, risqué. Clinch contre la cage et dirty boxing, risqué. Reste la boxe. Alors que Fabricio s’est largement amélioré dans ce domaine, la longue absence de Cain s’est fait sentir; moins de mouvements de tête, une boxe brouillon. Et le nouveau champion en a profité; échanger au milieu de la cage, il sait maintenant le faire avec le mindset enseigné par Cordeiro.





















Echanges après échanges, les deux athlètes encaissaient mais touchaient l’adversaire. Un jeu où celui le mieux préparé gagnera. Beaucoup disent que le cardio de Cain n’était pas en place. L’altitude ? Partiellement coupable. Les genoux aux côtes, les nombreux front kicks au ventre et les centaines de coups à la tête. A 95% coupable. Encaisser, ça fatigue. Dans la troisième reprise, Cain a pris un risque à double tranchant; revenir aux bases et lutter. La fatigue provoque des erreurs; il attaque sur un double leg takedown, qui nécessite un contrôle parfait des jambes, surtout face à un calibre tel que Fabricio au sol. Pas de contrôle des jambes, le nouveau champion n’a pas besoin de réfléchir, une nuque s’offre à lui dans un angle idéal. Guillotine. C’est fini, un nouveau champion et de beaux combats à venir !

La revanche entre Junior Dos Santos et Fabricio Werdum est déjà annoncée – JDS l’avait battu par Uppercut en 2008, il sera intéressant de voir cette revanche au vu de leur évolution respective.

Andrei Arlovski, 5 victoires d’affilée dont 3 à l’UFC, a battu le champion en 2007 et Stipe Miocic est toujours dans le top du classement. Ben Rothwell sur 3 finishes, Alistair Overeem affamé. Le retour de Josh Barnatt, les éternels Frank Mir, Roy Nelson, Mark Hunt. Le futur de la division s’annonce positif.

Par Christopher Genachte



Catégories :Dossier, Post-Analyse

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