Joanna Jedrzejczyk – Jessica Penne, l’analyse.

Elle fait déjà sensation. Malgré la jeunesse de la division, la Polonaise a su se démarquer, se faire remarquer dans les médias, et faire parler de la division qui lui appartient déjà. En seulement 4 combats à l’UFC, la femme au nom difficilement prononçable est déjà vue comme une grande championne qui gardera longtemps sa ceinture.

6 fois championne du monde de Muay Thai, la strikeuse expérimentée arrive comme une bombe dans le MMA et efface Rosi Sexton lors de son 7e combat professionnel en MMA. Comme analysé avant son 9e combat, la Polonaise gère magnifiquement bien sa distance, lui permettant de dicter le rythme du combat, d’être méthodiquement opportuniste et finalement les battre. Elle a un style fort agressif, presque violent, mais qu’elle porte comme une vraie artiste; paradoxalement, il y a une beauté dans ce style. Elle incarne un mix entre une combattante à pression, qui utilise aussi du « bait & switch », du « spawl & brawl », mais également des tactiques de contre.

Non seulement elle incarne un beau style et une technique parfaite, elle a en plus une vraie intelligence de combat; provenant partiellement de sa grande expérience en Muay Thai; intelligence dont elle a fait preuve lors de son combat pour le titre de Carla Esparza:

Au dela de ce style déjà difficile à gérer pour ses adversaires, elle excelle dans le « mindfuck »; elle créé la confusion chez son ennemie du ring en frappant avec 2 buts derrière chaque coup: le premier, comme dit antérieurement est de faire mal. Le second est de préparer le suivant en confusant l’autre. Le grand avantage à posséder la capacité de faire mal à son adversaire avec un coup unique est de pouvoir fort exploiter les feintes dans la suite du combat. En effet, lorsqu’un coup encaissé fait mal, on a vite tendance à avoir peur qu’il se reproduise et on réagira dès lors plus fortement à une feinte, pour anticiper et défendre. Cela donne donc beaucoup d’ouvertures à l’opportuniste qu’est Joanna Jedrzeckjzy lorsqu’elle feinte un coup… Ou plusieurs !

Depuis ce combat face à Cookie Monster à l’issue duquel elle a obtenu la ceinture, Joanna est plus patiente qu’avant. Elle impose son style progressivement; elle commence par sentir son adversaire, comprendre ses déplacements et sa distance et prépare ensuite ses combinaisons léthales, consciente que l’objectif de l’adversaire est de l’amener au sol.

Joanna Jedrzejczyk en trois points:

1. La gestion de l’espace. Joanna fait peur; son striking est bien meilleur que celui de ses adversaires. L’avantage, elle l’a compris; ses adversaires vont reculer et tenter de l’amener au sol. Du coup, elle, elle peut se permettre d’avancer et de jouer avec sa proie. Les hanches descendues, les poings bas (dans une zone floue de la vue de l’adversaire), prête à contrer un takedown, mais surtout, en anticipation des déplacements de l’athlète avec laquelle elle partage le ring.

En effet, à force de reculer, l’adversaire se trouvera proche de la cage et devra alors se déplacer en circulant vers la droite; vers son direct, ou vers la gauche; vers son crochet avant. Nombreux sont les combattants qui attaquent lorsqu’ils ont déplacé leur ennemi proche de la cage, permettant alors à ce dernier d’esquiver, circuler et regagner le centre de la cage.

Joanna reste intelligemment face à ses victimes, attendant le déplacement pour envoyer son offensive. Ici, face à Carla ‘Cookie Monster’ Esparza, elle pousse cette dernière à rester proche de la cage, et suit latéralement tous ses déplacements, n’envoyant que des jabs pour la faire reculer et la garder à distance, sans perdre ce contrôle. Lorsque l’ancienne championne essaie de circuler et gagner la distance; elle rentre en fait en contact avec le direct préparé par Joanna. Ensuite, c’est une championne de Muay Thai qui fait le reste pour finaliser son adversaire.

2. L’utilisation de pattern. Récemment, cet article félicitait Carlos Condit pour sa lecture en direct de son adversaire et sa force en utilisation de patten. Une force redoutable que possède la championne des Strawweights. La Polonaise aime envoyer plusieurs fois le même coup, généralement son jab, pour analyser la réaction de son adversaire. Dès le moment où ce coup passe et fait mal, l’autre sera consciente du risque. Elle sera concentrée sur ce coup et ce coup précis. Cela offre alors à Joanna la possibilité de le feinter pour envoyer une combinaison.

Joanna envoie un simple jab à Claudia Gadelha. Précédemment dans le combat, ce jab était déjà passé; elle remarque que sur un simple jab, la réaction de la Brésilienne est exagérée, de peur d’encaisser ce coup. En effet, elle allonge son bras avant pour contrer le coup, recule et abaisse le menton. Une triple sécurité pour un simple jab. Aucune tentative de contre. Elle a peur. Etape d’après, renvoyer ce jab sans trop s’engager, mais s’engager à fond dans l’upercut qui suit, et ce, en réduisant la distance et en passant dans l’espace laissé par le bras avant allongé. Du génie simple.

3. L’anticipation des amenées au sol. Claudia Gadhela; excellente grappleuse. Carla Esparza, meilleure lutteuse de la division. Jessica Penne, meilleure grappleuse de la division. Aucune d’entre elle n’a réussi à mettre la championne sur son dos et la maintenir là. Certes, elles ont toutes essayé. Certaines l’ont maintenue contre la cage, d’autres l’ont brièvement mise sur ses fesses. Mais elle trouvait toujours un moyen pour regagner sa distance de striking. Comment ? La création d’espace. Lors d’un takedown, elle va sprawl sur un côté, cherchant à être perpendiculaire à son adversaire, lui permettant de pousser la tête de celle-ci pour créer un espace suffisant pour se relever, ou envoyer un coude, ou place un genou. Lors d’un corps à corps contre la cage, elle placera son avant bras sur le visage de son adversaire, visant surtout le nez pour faire reculer la posture de celle-ci, lui offrant alors l’opportunité de circuler et regagner le centre, à distance.

Pour défendre sa ceinture à l’UFC Fight Night 69 à Berlin, face à Jessica Penne, elle a mis en place ces 3 points à la perfection:

A gauche, Jessica tente une amenée au sol classique; main 1 à l’épaule, main 2 derrière la cuisse. Joanna, comme d’habitude, conserve un espace avec ses mains, pivote sur sa gauche pour créer un angle. La distance est suffisante pour contrer. Knockdown. A droite, l’Américaine cherche le clinch, la championne maintient une distance avec son poing posé sur la clavicule de Jessica, distance suffisante pour envoyer ce coude qui ouvre le nez de la challenger. Le point 3 par excellence, dont voici encore un autre exemple:

Pour le finish, elle utilise le point 1. Adversaire contre la cage, en difficulté. Jessica cherche alors une solution; se déplacer, circuler vers la droite de la championne; là où elle rencontrera donc son direct. Il fait mal, elle se couvre et là, le point 2. Les pattern. Quand Jessica s’est couverte de la sorte les précédentes fois, les combinaisons à la tête ne passaient pas. Joanna le savait et lance alors un genou pour changer et c’en est assez pour l’arbitre Marc Goddard.

 

 

 

Editeur exécutif sur place: Yellowcat & @tarec_the_doc

Par Christopher Genachte



Catégories :Post-Analyse

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