Combattre en contre: Définition et caractéristiques

Après l’article sur les combattants à pression, 360-mma.com (inspiré de cet article) décortique les « contreurs » – le français est une belle langue poétique qui hélas n’offre pas un vaste vocabulaire lorsqu’il s’agit de MMA. Exactement comme pour les pressure fighters, il existe énormément d’aprioris et il est facile de se tromper sur certains athlètes qui paraissent être des contre-punchers sans vraiment l’être. Il est autant incorrect d’avancer qu’un pressure fighter frappent non-stop que de dire qu’un contreur recule tout le temps. Ceci étant dit, il est vrai que ceux-ci sont généralement plus à l’aise lorsqu’il ne contrôle pas le centre de l’Octagone. Mais attention, ce n’est pas toujours le cas.

La stratégie la plus facile pour définir ce qu’est un contreur est de comprendre pourquoi un athlète incarnerait ce style:

  • Surprendre l’adversaire lorsqu’il n’est pas en garde: Lorsqu’un combattant envoie un coup, il s’attend à toucher son opposant. Il ne s’attend jamais à rater sa cible – à moins, bien sûr, qu’il s’agissait d’un set-up. Dès lors, ce dernier risque de perdre sa balance s’il s’était trop engagé, ou au minimum, il laissera une ouverture sur laquelle le contreur va capitaliser.
  • Accroître l’impact des coups: Les coups les plus dangereux sont ceux qu’on ne voit pas venir. Le fait qu’un athlète rate sa tentative le laisse ouvert, mais surtout, il n’est pas consciemment prêt à encaisser un coup; son cerveau était concentré sur l’attaque, pas la défensive. Un contre rapide peut être peu puissant, mais conséquent puisqu’il surprendra la victime.
  • Rendre l’adversaire réticent à attaquer: Sur le long terme, l’adversaire hésitera à frapper, sachant qu’il y a une haute probabilité que son coup rate et qu’il encaisse quelque chose en retour. Le meilleur exemple vient de la boxe Anglaise; Floyd Mayweather. Ses adversaires sont souvent hésitant.
  • Conserver son énergie: Un excellent contre-puncher va finalement imposer son propre rythme, il n’attaquera que si l’autre attaque et se fatiguera moins que son adversaire.
  • Combler un manque de vitesse: Le timing bat la vitesse. Si l’adversaire est plus rapide, le jeu en contre permet de combler l’éventuelle différence avec un bon timing, plutôt que le jeu du plus rapide.

Selon ces raisons, quelles aptitudes un bon contreur doit avoir dans son arsenal ?

Un bon timing, c’est certain. Il doit savoir réagir très rapidement aux attaques de son adversaire. Une précision hors-norme, tant défensive, qu’offensive afin d’esquiver le coup « de justesse » et toucher lors du contre. Cela implique donc une maîtrise parfaite de la distance, évidemment. De la patience, étant donné qu’il n’attaque que si l’adversaire est sur l’offensive. Et une intelligence dans ses déplacements; bien qu’un contreur n’aime pas être au centre de la zone de combat, il ne voudra pas être dos à la cage non plus, il aura toujours besoin d’un petit espace de travail derrière lui.

Au niveau purement technique, deux coups sont cruciaux dans l’arsenal du contre-puncher; soit il sera amener à contrer en reculant. Dès lors, il déplacera son poids de l’avant vers l’arrière (voir article sur le transfert de masse dans une frappe), la transition idéale pour le crochet avant. Soit il sera sur la défensive en attendant une attaque; tout son poid sur le pied arrière lui permettant de bouger et envoyer un… Direct. Le crochet avant, le direct; les deux meilleures armes du contreur. Et forcément, une bonne lutte défensive (et offensive pour certains; esquiver un coup, partir sur un takedown, une spécialité de Georges Saint-Pierre).

Alors… Qui sont les meilleurs contreurs en MMA ?

Anderson Silva, Lyoto Machida, Junior Dos Santos… Mais, ce ne sont que des Brésiliens, ça ! Okay, voici un autre exemple parfait: Mark Hunt !

L’exemple qu’il faut; Mark Hunt laisse Cheick Kongo venir à lui avec des coups déjà hésitants, jusqu’à ce qu’il s’engage trop dans un direct. Sa tête se retrouve complètement exposée, devant son pied avant. Le crochet avant de Mark ne parait pas puissant mais il provoque un Knock Down car le français ne s’attendait pas à encaisser. Merci Mark !

Il existe plusieurs façons de contrer un adversaire, dont voici les techniques classiques:

  • Pull Counter, cette technique est peu utilisée en MMA, mais souvent en Boxe Anglaise. Il s’agit de reculer la tête sur un jab ou un direct, suffisament pour éviter ce coup, sans pour autant être complètement cambré en arrière et revenir avec un direct. l’exemple à droite n’est pas parfait, mais considérons juste la dernière esquive. Le coup de Forrest Griffin passe à 2 centimètres du nez d’Anderson qui est donc encore à bonne distance pour contrer avec son direct, transférant alors son poids de son pied arrière vers son pied avant. Timing, gestion de la distance, direct. Les caractéristiques sont bien démontrées ici !
  • Le contre glissé (Slip), presqu’identique à la méthode précédente; il faut simplement sortir la tête de l’axe, à l’extérieur du coup de l’adversaire. Si l’adversaire envoie un jab du gauche, il faudra bouger la tête du côté gauche de ce dernier. Ensuite, ce sera généralement un crochet qui sera utilisé pour contrer. Voir l’image animée du début de l’article; Conor McGregor nous montre l’exemple idéal ! Alors que Conor esquive sur l’extérieur et attaque sur l’extérieur, Mark Hunt esquive lui aussi sur l’extérieur, mais contre avec son crochet avant, alors à l’intérieur de Stefan Struve. Ca passe aussi !
  • Duck Counter, généralement utilisé par les lutteurs et les athlètes plus petits; il s’agit de s’accroupir au moment de la frappe de l’opposant afin de passer en dessous de sa tentative et contrer de là. Ross Pearson descend son niveau au niveau des genoux, pas des hanches, afin d’éviter les coups de Sam Stout et revient avec un crochet avant, rempli de puissance puisqu’il remonte tout son poids au moment de l’impact !
  • Bloquer/rouler et contrer, un peu plus risqué, surtout en MMA avec les petits gants. Il s’agit de bloquer un coup avec une garde haute ou même l’encaisser mais envoyer un contre qui « compte » plus. L’avantage du MMA, cependant, dans ce cas précis demeurre dans la possibilité d’envoyer des kicks. Tarec Saffiedine reste solide sur ses appuis, attend l’envoie de Nate Marquardt qui utilise son jab, ce dernier finit dans la garde du belge qui contre avec un low kick. Un jab, c’est le transfert du poids du pied arrière vers le pied avant. Tout le poids de Nate est sur sa jambe avant, la cible de Tarec qui punit la cuisse de son adversaire qui ne peut alors pas checker ce kick.
  • Le contre simultané, envoyer un coup en même temps que son adversaire. Il faut être extrêmement prudent avec cette technique; ne pas envoyer le même coup que son adversaire car le plus rapide gagne. Carlos Condit et Dan Hardy avec leur crochet simultané, Rashad Evans contre Chuck Liddell ou le GIF de Ross Pearson en sont d’excellents exemples. En revanche, envoyer un coup à trajectoire plus directe en même temps que son adversaire est un excellent contre. Cela marche très bien sur les kicks; un direct ou un crochet au moment du kick, ça créé un knockdown, au minimum:

Junior Dos Santos, patient, attend que Gonzaga avance pour envoyer son kick, réduisant lui-même la distance. Bien sur ses appuis, Junior peut mettre tout son poids, toute sa puissance dans un court crochet précis qui touche le menton de son adversaire qui n’avait plus de garde à cause de son kick. Timing, précision, crochet. On retrouve une nouvelle fois les caractéristiques du contreur parfait.




L’article pouvant encore durer des heures, il se terminera simplement par quelques images animées qui représentent bien un contreur: patience, timing, précision, distance et espace, crochet, direct et esquives:

Par Christopher Genachte



Catégories :Dossier

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6 réponses

  1. Salut Chris,
    Comprendre la contre-attaque est d’autant plus important en MMA, où le fait de « briser la distance » est essentiel, notamment en raison de la taille de la surface et la variété des coups/distances. Comparé à la boxe anglaise, de nombreux combattants ont vraiment tendance à se jeter.
    Dans la définition, j’ajouterais la distinction entre contre-attaque directe et indirecte. L’indirecte étant précédée de l’utilisation d’un moyen de défense (décalage, parade chassée, esquive). A ce jeu là Anderson Silva se distingue clairement !
    Le plus beau et difficile reste le contre simultané. Et là je pense direct à Marvin Hagler !

    (ps : bravo pour ton blog, un contenu de ce type en langue française manquait cruellement)

    A bientôt,
    Fred

    • Hey Fred,

      Tout à fait d’accord, la notion de distance a encore plus d’importance en MMA dû à la possibilité d’amener quelqu’un au sol, et clairement, le contre implique une distance rapprochée et moins facile à gérer.
      Et en effet, il y a 2 grandes familles des contres, ceux qui consistent à défendre et contrer, et ceux qui consistent à envoyer « en même temps ». Plus le risque est élevé, plus le gain est élevé en général: comme tu le soulignes bien, le contre simultané est magnifique quand réussi, mais difficile (et risqué) à placer.

      A bientôt,
      Chris

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