De quoi est fait l’après Ronda Rousey ?

UFC 193: Rousey vs Holm

360-mma.com analysait hier, l’aspect sportif et stratégique de ce grand événement du MMA; cette analyse est disponible en suivant ce lien: https://360-mma.com/2015/11/16/retour-sur-holly-holm-ronda-rousey-et-lufc-193/

Evidemment, cette défaite a de nombreuses conséquences – pas particulièrement négatives – sur le monde des Arts Martiaux Mixtes et plus particulièrement, l’UFC. En effet, lorsque l’organisation promouvoit une athlète depuis ses débuts au sein de celle-ci, une éventuelle défaite change l’avenir. Lorsque Zuffa rachète le StrikeForce, l’UFC reprend la division féminine bantamweight, dans laquelle Ronda Rousey est championne. Elle devient automatiquement la championne de la meilleure organisation de la discipline. Dana White mise alors sur elle pour attirer le regard du grand public sur le MMA féminin, maintenant intégré à l’organisation malgré certaines déclarations du président qui insistait: « on ne verra jamais d’athlètes féminines à l’UFC ». Cependant, les fans ont l’habitude de ne pas prendre les déclarations de ce dernier comme définitives. Pour Dana White et les Fertitta, c’est au final un pari réussi puisque Ronda continue sa domination.

Dès lors, elle a été survendue. L’UFC a insisté sur son passé olympique pour gagner en popularité. Sur son physique; « elle fait du MMA mais elle reste féminine et jolie ». A l’Américaine, et cela n’était pas négatif; une visibilité grandissante et diversifiée, des opinions plus positives sur la discipline, etc.

Cette notoriété, finalement créée par le marketing de l’organisation, a permi à Ronda Rousey de jouer dans des films Hollywoodiens, d’apparaître dans des shows du WWE (catch), de passer sur des plateaux télévisés, en parallèle à son extraordinaire ascension sportive. Il n’y a rien à dire, c’est une carrière déjà réussie.

Le problème lorsqu’une personne arrive si haut, c’est que la retombée est plus douloureuse, et le retour est encore plus difficile. En effet, que ce soit en MMA, ou dans ses films, elle avait l’image de cette femme invincible, surdouée, parfaite à tous niveaux – ce que malheureusement, elle n’était pas. Comme tout humain, elle a ses défauts, ses faiblesses. ronda-rousey-wont-shake-miesha-tate-hand-ufc-168Bien que ses défauts caractériels étaient visibles depuis très longtemps; violence domestique, ses agissements lors du TUF 17, les « touch gloves » refusés face à Miesha Tate et Holly Holm, jusqu’aux déclarations de son ancien manager à prendre avec des pincettes… Ses défauts athlétiques n’ont été vus que par certains analystes doués. La force de l’UFC est d’avoir su la vendre en tant que femme sans défaut personnel ou athlétique; ils utilisaient le terme « role model », ils disaient qu’ils ne voyaient pas qui pourrait la vaincre. Et forcément, si les médias suivent, la majorité de la population y croit. Certains fans y ont cru jusqu’à la déterminer comme #1 P4P (capable de battre TJ Dillashaw, du coup), ou même jusqu’à être capable de vaincre Floyd Mayweather… Heureusement, ces discussions n’existeront plus. Il suffit aussi de voir le nombre de tweets envoyés par des stars qui ont appris l’existence du MMA par Ronda Rousey. Sans connaître, ils s’y connaissaient. Ce fameux effet Mayweather-Pacquiao. Il faut suivre le mouvement de foule.

Ronda Rousey est victime de sa popularité et n’y peut au final, presque rien; à l’inverse de Conor McGregor qui a créé la sienne de ses propres mains ne laissant aucun choix à l’UFC que de suivre sa vague, Ronda Rousey a eu un encadrement marketing ne lui laissant presqu’aucun choix que d’être embarquée dans ce projet évidemment attractif.

Ce samedi, elle a perdu sa ceinture à Melbourne face à une adversaire qui ne méritait rien d’autre que cette victoire. Holly Holm a dominé Ronda Rousey, cette femme finalement comme les autres. D’un point de vue sportif, elle a trouvé sa rivale qui a su exploiter ses faiblesses. D’un point de vue personnel, elle avait trouvé ses rivaux il y a bien longtemps; ceux qu’on appelle haters. Toute personne qui a du succès possède des haters, et ces derniers prennent un malin (et malsain) plaisir à la descendre lors d’un échec.

MELBOURNE, AUSTRALIA - NOVEMBER 15:  An overhead view of the Octagon as Holly Holm celebrates after her knockout victory over Ronda Rousey in their UFC women's bantamweight championship bout during the UFC 193 event at Etihad Stadium on November 15, 2015 in Melbourne, Australia.  (Photo by Josh Hedges/Zuffa LLC/Zuffa LLC via Getty Images)

(Photo by Josh Hedges/Zuffa LLC/Zuffa LLC via Getty Images)

Une grande défaite pour le business, une grande victoire pour le sport.

Les vrais fans de ce sport n’ont pas besoin de « drama » autour d’un combat. Ce qui les excite, c’est le matching. Mettre un athlète face à un autre et dont les styles ont une complémentarité intéressante. Le but de l’UFC, c’est la vente. 360-mma.com insiste souvent sur ce point; l’UFC est un business avant d’être une organisation sportive. Ils veulent vendre, ils doivent vendre et dans le fond, c’est bien pour les athlètes (plus de revenus pour eux) et c’est bien pour les fans (plus d’événements, etc.) Mais cela a une limite; l’intégrité.

Maintenant que Ronda n’est plus championne, l’UFC ne pourra plus la vendre comme cette « role model » et ce « Superman » version féminine. Ils se devront aussi de faire la promotion d’Holly Holm, qui a un caractère complètement différent de l’ancienne championne; plus discrète et plus posée.

Une occasion en or pour Ronda Rousey de revoir sa carrière. Une occasion de faire preuve d’humilité pour son image publique. Une occasion de revoir son entourage pour ses compétences sportives.

1/ L’opportunité sportive

Nous allons nous attarder sur Edmund Tarverdyan; son coach, celui qu’on voit tenir les mitaines demandant systèmatiquement à Ronda d’envoyer 58 jabs-directs serrés. Ce dernier a vendu sa propre carrière sur la réussite de l’ancienne championne. Celle qui était médaillée olympique avant d’arriver dans le MMA. Celle qui finalement, gagne ses premiers combats qu’en utilisant son judo. Celle dont beaucoup d’analystes et combattants définissent sa boxe comme brouillonne. Même en 2015, 5 ans après qu’il l’ait prise sous son aile. D’ailleurs, depuis leur arrivée chez Edmund, Jake Ellenberger et Travis Browne ne connaissent pas un renouveau dans leur carrière, contrairement à d’autres athlètes lorsqu’ils changent de camp – Fabricio Werdum et Rafael Dos Anjos depuis l’ère Cordeiro, par exemple.

Maman Rousey critique Edmund. Ce dernier entraîne une excellente combattante qui a eu besoin de 130 secondes pour éliminer ses 4 dernières adversaires, avant Holly Holm. Cette combattante qui perd le premier round de sa carrière, retournant en sang, fatiguée et frustrée, dans son coin après 5 minutes, entend son coach principal lui dire « You did great ». Un excellent conseil qui lui vaudra un high-kick 59 secondes plus tard, lui fracturant sa mâchoire en 3 endroits différents. Ce coach qui dit le lendemain (source: bloodyelbow, via ESPN):

I wouldn’t say in the striking game she was getting the best of Ronda, you know, but I have to watch it again. But we know this was not a striking match; we know that Ronda is smart enough to take the fight where she is best at.

Il suffit de voir ce qui a fait la différence ce week-end et ce qui fait la différence dans énormément de combats; la préparation, le gameplan, le gameplan B. Trois choses que Ronda ne semblait pas avoir; elle ne semblait pas prête à combattre en garde fermée, elle ne semblait pas avoir de plan B si son jeu habituel ne passait pas et sa boxe ne montrait toujours pas d’amélioration. Il semble dès lors nécessaire d’effectuer un changement sur ce plan-là.

2/ L’opportunité marketing

Réaliser qu’elle fait partie de l’élite mais qu’il y a de la concurrence ne peut être que bénéfique pour elle. Ronda Rousey est une athlète hors du commun. Faire ce qu’elle a fait, arriver à 12-0 en ne connaissant qu’une seule fois le goût du deuxième (et troisième) round, tout en ayant de nombreuses occupations à côté des entraînements, c’est incroyable. Mais impossible. Il est difficile d’être élite sur différents plans en même temps. Holly Holm était l’élite du monde de la boxe avant d’être l’élite du monde MMA. Ronda doit prendre cette défaite comme une opportunité de prendre une décision; regagner son statut de championne en se concentrant uniquement sur cela. Ou se lancer officiellement dans une autre carrière. Il est clair que la Ronda d’aujourd’hui ne battra jamais la Holm de demain si elle s’entraîne moins que la championne.

Se concentrer uniquement sur cette tâche lui offrira aussi la chance de redevenir « une femme avec un talent indéniable ».


Et pour l’UFC, qu’en est-il ?

Comme pour tout business. Ils ont créé un produit qui a super bien marché, qui leur a apporté beaucoup d’avantages. Ce produit va continuer d’apporter des bonnes choses, mais à efficacité réduite. Il faudra investir en conséquence ainsi que répartir la promotion différemment et sur d’autres produits. Conor McGregor est le produit qui fonctionne excellemment pour le moment. Tant qu’il gagne, cela continuera. Ensuite, il y a Paige VanZant. Sage Northcutt. Le retour de Jon Jones. L’éventuel retour de Georges St Pierre. A la différence que maintenant, ils se rendront peut-être compte qu’il est peut-être plus sain de ne plus trop survendre un produit, mais d’en vendre plusieurs de qualité…

Dana White joke

Dans l’article, grâce à yellowcat.be, pictures courtesy of ©ufc – @ufc #ufc



Catégories :Post-Analyse

Tags:, , , , , , , , ,

%d blogueurs aiment cette page :