Retour sur Holly Holm, Ronda Rousey, et l’UFC 193

Inception, version événement historique. Ce week-end, lors de l’UFC 193 à Melbourne, il y a eu un événement historique dans un événement historique. En effet, l’UFC 193 battait tous les records à l’Ethiad Stadium, accueillant près de 70.000 personnes pour assister à l’autre événement historique; le plus grand upset de l’UFC; Holly Holm bat Ronda Rousey.

Ces records étaient précédemment détenus par le Rogers Center qui avait accueilli près de 56.000 personnes pour l’UFC 129 (Georges St Pierre contre Jake Shields) et par la victoire de TJ Dillashaw contre Renan Barao la première fois (suivi de près par Matt Serra sur GSP).

A Melbourne, il était 10 heures du matin lorsque les 2 premiers athlètes montaient dans la cage. Ben Nguyen finalisait proprement Ryan Benoit par étranglement arrière après l’avoir sonné en pieds-poings. Ensuite, James Moontasri assomait Anton Zafir par deux attaques retournées…

James Moontasri double spinning

La soirée continue, et continue bien. Anthony Perosh fini « out-cold » face à un puissant et imposant Gian Villante, Jake Matthews fait un énorme come-back face à Akbarh Arreola qui est passé à deux doigts de le finaliser et marquer une énorme surprise. Finalement, Kyle Noke qui se trouve un style qui lui va très bien, avec une excellente compréhension de la garde fermée – ce qui est rare chez les droitiers… cfr Main event.

La carte principale, quant à elle, commence malheureusement de manière attendue. En proposant Stefan Struve face à Jared Rosholt, l’UFC ne prenait pas de risque si le but était de calmer le public avant les 4 derniers combats explosifs qui allaient suivre. C’est exactement ce qu’il s’est passé.

Robert Whittaker devait affronter Michael Bisping dans un combat qui était très intéressant sur papier en terme de déplacements. Finalement, face à Uriah Hall qui remplaçait l’Anglais, blessé, l’intérêt portait plus sur le déplacement contre le mouvement. Pour un analyste, ou un technicien, ou un fan-pratiquant, cet affrontement était génial à voir. Entre Whittaker qui travaillait magnifiquement bien ses angles et Uriah Hall qui cherchait à le canaliser pour placer un highlight-reel, le spectacle était au rendez-vous !

Ensuite, l’un des plus beaux combats de 2013 reprenait place. En effet, Mark Hunt et Antonio « Bigfoot » Silva avait mis le feu à Brisbane lors de leur guerre de 5 rounds 2 ans plus tôt. Cette fois-ci, peu de gens attendaient un combat similaire, puisqu’entre temps, Mark a poursuivi sa carrière en montrant des améliorations dans tous les aspects du jeu et à l’inverse, l’UFC interdisait l’utilisation de TRT, ce qui s’est vite ressenti sur Bigfoot, principalement en sa capacité à encaisser des coups. Ce dernier est tombé dans le premier round, comme de nombreux analystes le prédisaient.

Co-main event. Combat historique puisque les côtes de paris n’ont jamais été aussi hautes; Joanna Jedrzejczyk montait dans l’Octagone en favorite avec un cote à -1600. En gros, pour gagner 100€, il fallait parier 1600€ sur la Polonaise. A l’inverse, un simple euro misé sur la Canadienne pouvait rapporter 11€ sur certains sites. Autant dire que très, très peu de fans s’attendaient à un combat serré. Pour ceux qui avaient eu l’occasion de discuter avec notre rédacteur, ils pouvaient s’attendre à une chose; que les athlètes se rencontrent au centre de la cage. En effet, ce dernier avait expliqué que Valérie ne reculait que très rarement et était ouverte à l’échange, peu importe qui était face à elle. Et c’est ce qui a mis la championne en difficulté dès les premières minutes où elle s’est même retrouvée dos au sol. Finalement, comme d’habitude, une fois qu’elle a mis la machine en route, elle a progressivement pris les devants et affiche un nouveau record (en title fight) de 220 coups significatifs portés à son adversaire ! Le record de coups significatifs infligés est Nate Diaz contre Donald Cerrone (combat en 3 rounds !), Joanna est deuxième.

Joanna front kick sur Létourneau

A l’image de Jon Fitch suite à sa défaite face à GSP, ou Alexander Gustafsson suite à sa défaite contre Jon Jones, Valérie Létourneau a gagné énormément de respect pour sa combativité, son coeur, et surtout, ses capacités en tant qu’athlète MMA lors de ce week-end. Grand respect à ces 2 femmes qui ont offert un grand moment de la discipline à la MMAsphère.


Et il est temps. 6h45 en Belgique, les fans hardcore qui ont acheté le PPV se préparent pour ce combat tellement vendu par l’UFC. Mais parlons sport d’abord.

Holly Holm monte en premier dans la cage, avec une cote à +850 (10€ de misé, 85€ d’empôché). La championne rentre ensuite avec une cote de -1100 (1100€ à miser pour remporter un gain de 100€). Malgré le statut d’underdog de l’athlète de Mike Winkeljohn, 360-mma.com expliquait pourquoi cette dernière avait ses chances face à la star Hollywoodienne. Cette surprise s’est jouée sur 3 plans:

1/ Le département du grappling
Comme annoncé, pour vaincre un champion, il ne faut pas survivre dans sa zone de confort, il faut éviter cette zone à tout prix et forcer ce dernier à combattre dans sa zone d’effort. L’avantage pour la challenger était l’opposition de ces zones. En effet, l’effort de Ronda se situe en pieds-poings qui est le confort d’Holly Holm. Cette dernière a intelligemment travaillé cet aspect en deux principes;

A. Maintenir la distance
Rares sont ces athlètes féminines avec une réelle compréhension de distance. Holly Holm a une carrière pré-UFC en boxe et en kickboxing, qu’elle basait justement sur sa grande taille. Elle sait se déplacer latéralement, et dos à la cage, elle sait esquiver un coup pour récupérer le centre de l’espace. Dans un combat, il faut évidemment initier l’action ou contrer son adversaire, ce qui représente un risque de corps à corps. Dès lors, la nouvelle championne s’est concentrée sur le maintien de sa masse entre ses deux pieds, lui permettant de conserver cette faculté multidirectionnelle à tout moment du combat, sans se surengager dans la moindre attaque.

B. En cas de distance cassée, garder le bassin en dessous du niveau de celui de Ronda
Holly hipsDans un combat, il est presqu’impossible de maintenir la distance face à quelqu’un qui cherche le clinch. On engage, on rate, on est au clinch. L’autre presse, attaque, on essaie de contrer, on est au clinch. De nombreuses situations mènent au clinch et celles-ci étaient donc inévitables. Lorsque cela s’est présenté, Holly Holm était préparée à l’attaque principale de la médaillée olympique en Judo; le headlock suivi du hip toss. Si le headlock est difficile à éviter, le hip toss peut l’être en gardant son centre de gravité sous celui de l’attaquant. Ce détail lui a d’une part permis de rendre les tentatives de projection difficiles, et d’autre part, d’amener l’ancienne championne au sol.

Ce n’est pas pour autant qu’Holly a connu un combat sans danger; lorsqu’elle a amené son adversaire au sol, elle s’est retrouvée dans une position similaire à Cat Zingano; la championne était alors à 2 détails de conserver sa ceinture. Heureusement pour Holly, elle a rapidement réalisé son erreur et a su libérer son bras à temps, pour ensuite sortir de la garde de Ronda afin de retrouver sa zone de confort !

2/ Le striking
Rien de sorcier pour la boxeuse, le striking, c’est sa maison. Malgré tout, Ronda Rousey reste extrêmement difficile à combattre. Malgré une boxe brouillon, elle est ultra agressive, elle fonce en ligne, presse et possède énormément de puissance dans ses coups. Bethe Correia en avait fait les frais et Holly a encaissé un crochet qui l’a légèrement sonné. Au delà de cet épisode, la nouvelle championne a littéralement donné une leçon de striking à « Rowdy ». C’était du southpaw 101. La simplicité réalisé à la perfection. Dans l’article listant les chances de l’upset, nous avions insisté sur le fait qu’il s’agissait d’un combat en garde fermée, ce qui donne un avantage au gaucher, plus habitué à cette dynamique. Elle n’a apporté presqu’aucune importance à son jab, contrairement à Ronda, puisque les jabs s’alignent et s’annulent. En revanche elle était concentrée sur les pieds avant. En offensive, elle plaçait systématiquement le sien sur l’extérieur de celui de Ronda Rousey (comme expliqué dans cet article par exemple). Ceci lui permettait d’aligner son épaule gauche avec la cible; le visage de celle qui défendait sa ceinture. A de nombreuses reprises, cela a fait mouche, que ce soit avec un direct, ou même un coude qui a bien sonné cette dernière. Ca a été l’histoire de ce combat. Décallement extérieur, envoie du direct/crochet, sortie de l’axe ou récupération du centre de gravité entre les 2 pieds pour éviter le clinch ou le contre.
Le peu de fois où RRR gagnait cette bataille des leading foot, Holly plaçait un check hook et sortait de l’axe de sa rivale, ou bien esquivait par l’extérieur. Une capacité ultra-importante en boxe, appelée « cuting out the corners/ropes » (sortir des cordes/coins) qu’elle a gardé. Voici le highlight en image animée de cette partie « striking » qui a mené à ce moment historique:

Holm Rousey HL
Tout y est bien repris; Décaller sur l’extérieur pour un coup arrière. Jamais de surengagement. Récupération de la posture équilibrée, ou sortie d’angle. Check hook si son pied avant est à l’intérieur.

3/ L’aspect mental & stratégique
Jack Slack l’avait dit; si quelqu’un arrive a défendre 3-4 tentatives de projection de Ronda Rousey, cela aura deux impacts; cela va la frustrer et la fatiguer. C’est exactement ce qu’il s’est passé. A force de bien circuler, Ronda était incapable de foncer en ligne pour forcer le clinch. Le peu de situations où elle trouvait sa zone de confort; elle n’en tirait rien. Cela frustre, cela fatigue. A l’inverse de Ronda Rousey, Holly Holm est restée patiente. A l’inverse de Ronda Rousey, Holly Holm est arrivée avec un gameplan et un gameplan B. Ronda a voulu imposer, comme à son habitude, le sien. Cela n’a pas fonctionné et elle était perdue.

Ici aussi, il se doit de féliciter les DEUX (!!) athlètes pour leur performance. Et il est indéniable que Mike Winkeljohn (qui avait repéré Holm lors de son adolescence) mérite des félicitations également, en parallèle à Greg Jackson.


En plus de l’aspect purement sportif, il y a un aspect business à analyser. Ce sera dans la partie 2. Voici un avant-goût:
UFC 193: Une grande défaite pour le business, une grande victoire pour le sport.



Catégories :Couverture, Post-Analyse

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