Le darwinisme du MMA

Tout évolue. La mode, la technologie, la musique, … Le sport. Considérée positive par certains, négative par d’autres, l’évolution existe – et c’est normal. Les changements sont constants, les facteurs de chaque domaine sont variables et les adaptations sont quasi-nécessaires. Le MMA n’y échappe pas, ce sport a connu une théorie darwiniste !

Et cela a du sens; dans un sport qui a commencé sans règle (ou presque), dans un sport très libre de mouvements, il est clair qu’une évolution a été remarquée. Une évolution au niveau des règles, une évolution médiatique et surtout, une évolution dans les styles. Ce sur quoi 360-mma.com se penche aujourd’hui à la suite de Ronda Rousey contre Holly Holm lors de l’UFC 193. En effet, ce combat fait réaliser un parallélisme entre le darwinisme du MMA et celui du MMA féminin, avec quelques années d’écart.

UFC1vhsEn 1993, dans le Colorado, un événement allait marquer l’histoire. En effet, l’UFC 1 prenait place et cette nouvelle chose allait répondre à une question populaire: « quel est le meilleur art martial ? ». Un boxeur, un sumo, un expert en savate, un lutteur, un karatéka, une ceinture noire de jiujitsu; plusieurs styles, plusieurs arts sont représentés cette soirée du 12 novembre. Sous forme de tournoi, le vainqueur pourrait vanter son art comme étant le plus efficace. A la surprise de tous, c’est l’élancé Royce Gracie qui remportera ce tournoi, soumettant un boxeur, un boxeur français et Ken Shamrock, le lutteur, dans la même soirée et ce, malgré son clair désavantage musculaire.

UFC 2, à nouveau remporté par cet artiste du Jiujitsu Brésilien au terme d’un tournoi de 16 participants. L’UFC 3 fut bizarre; bien que Royce Gracie ait à nouveau remporté son quart de final, il a dû arrêter le tournoi à cause d’un épuisement. Ken Shamrock, quant à lui, remporte son quart et sa demi, mais n’avance pas en finale dû à une blessure. La fois d’après, Royce remet le couvert et remporte le tournoi, en finale face au lourd et impressionnant Dan Severn. L’introduction des catégories de poids se fera connaître à cette époque-là.

C’est clair, c’est net. Le BJJ est l’art le plus efficace. Cependant, Ken Shamrock voulait sa revanche et cela avait du sens. L’UFC 5 proposait alors, pour la première fois, un superfight en plus du tournoi. Le tournoi fut remporté par Dan Severn, ce lutteur capable de soumettre un adversaire. Le superfight finira sur une égalité au terme de 15 minutes d’effort. Egalité parce qu’il n’existait pas encore de système de juges et de décisions. Pendant 15 minutes, Ken Shamrock a inauguré ce qu’on appelle aujourd’hui le lay-and-pray. Il a amené Royce au sol, l’a contrôlé et le frappait lorsqu’il avait un contrôle sûr sur son adversaire. Malgré l’égalité, le vainqueur semblait clair:

royce_shamrock_2_aftermath

(Royce Gracie vs Ken Shamrock 3 aura lieu au Bellator 149, le 3 février… 20 ans plus tard)

A partir de là, Royce s’est retiré temporairement de l’UFC, laissant place alors à l’ère des lutteurs; Ken Shamrock, Dan Severn, Oleg Taktarov et Mark Coleman domineront le sport à l’aide de leur lutte, leur permettant d’éviter de combattre des strikers debout, et leurs nouvelles connaissances en JJB, leur permettant de ne pas se faire soumettre, et même de soumettre les strikers. La technique du ground-and-pound se développe également.

C’est après plus de deux ans de domination qu’un nouveau tournant arrive dans la discipline des arts martiaux mixtes; l’UFC 14 affiche Mark Coleman face à Maurice Smith, kickboxeur professionnel et champion de l’organisation MMA « Extreme Fighting Championship ». Ce dernier vaincra le lutteur en réussissant à se relever lorsqu’il était sur le dos, à stopper quelques takedowns et à l’aide d’un cardio bien supérieur à celui du lutteur. Ce cardio lui offrira également une victoire face à Tank Abbott lors de l’événement suivant.

L’année d’après, Pete Williams consolide cette nouvelle vague en mettant KO Mark Coleman dans ce moment historique:

Williams KO Coleman

Ce moment marque une nouvelle ère: les strikers qui ont appris à ne pas se faire amener au sol, ou du moins, à savoir se relever une fois sur le dos, vont dominer. La stratégie du sprawl and brawl se développe.

Wanderlei Silva, Vitor Belfort, Bas Rutten…

A l’approche des années 2000, tout se diversifie; les critères de décisions commenceront à avoir du sens, des strikers gagneront par soumission (Pete Williams par clé de genou à l’UFC 20, par exemple), des lutteurs par KO… Et le MMA devient finalement le MMA. Des athlètes complets qui comptent de moins en moins sur leur background, des styles différents arrivent; Randy Couture, Tito Ortiz, Chuck Liddell, Matt Hughes… Jusqu’à aujourd’hui où des lutteurs de base gagnent par KO contre des strikers de base (Chris Weidman vs Anderson Silva), où des strikers finalisent des artistes du sol par soumission (Donald Cerrone face à Evan Dunham). Et cela ne cesse d’évoluer, avec des visages MMA pure souche, sans background, comme Myles Jury, Thomas Almeida ou des styles nouveaux comme ceux de Dominick Cruz, Mighty Mouse, TJ Dillashaw, voire même Conor McGregor et Jon Jones…

TJ travaille angle contre Barao


Ce week-end Holly Holm, ancienne championne de boxe, a vaincu Ronda Rousey, médaillée olympique en judo, avec brio, en défendant les tentatives de projection de son adversaire et en la dominant en pieds-poings.

Joanna sprawl Esparze

Il y a un an, en strawweight, Joanna Jedrzejczyk, ancienne championne de Muay Thai, dominait Carla Esparza, ancienne lutteuse All-American, en stoppant toutes ses tentatives de takedowns et en la dominant debout. Depuis, elle domine ses adversaires avec cette même stratégie, utilisée par Holm face à Rousey, et par Maurice Smith et Pete Williams il y a très longtemps.

Certes, avant l’UFC, il existait le Vale Tudo qui répertoriait différents types de champion, tout comme il existait d’autres championnes avant Ronda Rousey (Cyborg, Coenen, Carano), mais cette dernière fut la première championne dominatrice, à l’image de Royce Gracie.

Dès lors, Il existe un genre de parallélisme entre le MMA masculin et le MMA féminin, qui, finalement, se développe une quinzaine d’années après celui des hommes. Une logique historique qu’il est bon de soulever: Chez les femmes, nous sommes à l’ère des strikers avec une connaissance en lutte et grappling. Il s’agit de la période qui précède la diversité totale des styles, celle où le background aura de moins en moins d’importance.

Athlètes lectrices, un avenir en MMA s’ouvre à vous… 😉



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