La lutte contre la stupidité (suite à McGregor-Mayweather)

Cher Internet, aujourd’hui je ressens à nouveau le besoin de t’écrire. L’article de ce blog qui a eu le plus de succès était La lutte contre la stupidité (suite à McGregor-Diaz). Je me permets d’écrire une seconde édition. « Seconde », car je suis un optimiste et j’espère ne pas en écrire une troisième.

Je dois avouer avoir été surpris. Avant le combat, contrairement à la période « pré Mayweather-Pacquaio », je n’ai pas lu/entendu/vu tant d’abbérations venant des fans, des nouveaux fans, des experts ni même des ‘ ‘ ‘experts’ ‘ ‘. Malheureusement, je me suis rendu compte hier qu’en fait, ils attendaient tous la fin du combat pour mesurer leur stupidité.

Non. Je ne me crois pas supérieur à tout le monde. Mais au pays des aveugles, le borgne est roi. Et sur Internet, l’homme moyen est roi. Je dois me confier aujourd’hui. Je ressens ce besoin d’éduquer la sphère Internet. En toute honnêteté, je ne sais pas pourquoi, vraiment. Mais me voilà de retour, face à ce clavier, écrivant ces mots en mode automatique.
C’est parti. Qu’avons-nous lu hier ?
– La classique des fans de Floyd Mayweather:

« Et ils sont où, maintenant, les fans de Conor McGregor ? »

Je n’ai pas compris celle-ci. Les fans de l’Irlandais étaient tous là. Fiers de leur ambassadeur dans le monde de la Boxe. Je veux dire, un 0-0 est allé jusqu’à la 10e reprise face au #1 P4P de la courante époque. En 10 rounds seulement, il a touché Floyd plus de fois que Pacquiao en 12, et à peine moins que Saul « Canello » Alvarez en 12 également. Il prend les 3 premiers rounds. Le 4e et le 8e sont serrés.

Conor McGregor s’est entraîné 6 mois en anglaise. Et il a tenu tête face à l’élite des 21 dernières années. « Oui, mais la boxe est une sous-partie du MMA ». Non. Le MMA est un sport à part entière. Certes, cela lui arrivait de mettre les gants d’Anglaise et de faire des sparrings « juste poings ». Cela n’empêche que tu maintiens un mindset « MMA » dans ces sparrings qui ne ressemblent en aucun cas à de vrais sparrings d’Anglaise. La distance, l’approche, la dynamique reste celle de l’art libre. Puisque peu de gens arrivent à comprendre cela, j’aime prendre cet exemple.

Donnez 6 mois à Usain Bolt pour faire un 3K. Tiendra-t-il tête aux meilleurs coureurs du 3K ? Non. Pourtant, le 100 mètres est une sous-partie du 3K, non ? Usain possède les bases de la course à pied, non ? Voilà. La boxe est au MMA ce que le 100 mètres au 3.000 mètres en athlétisme. Il y a des choses qui se ressemblent. Mais ce n’est pas du tout la même chose.

Quoi d’autre ? Ah…

« Combat nul à chier »

Haha. Oui, non. Si tu as regardé le combat seul chez toi, en streaming de basse qualité, peut-être que l’expérience fut mauvaise. Personnellement, je l’ai regardé dans un bar avec des amis, en HD via un projecteur. J’ai pu vraiment voir ce qu’il s’y passait. Un Conor qui vient pour surprendre sans trop se griller malgré tout. Un upercut en contre dans la première reprise qui a surpris Mayweather, et probablement tous ses fans. Ceux qui le lendemain « ils sont où les fans de McGregor », je me demande où eux étaient dans les 3 premières reprises. Je m’avance un peu en généralisant, mais les fans de Floyd présents dans le bar dans lequel j’étais, je ne les ai pas entendu pendant 11 minutes. Dans le 3e round, Mayweather sort de sa zone de confort, presse Conor, casse la distance, et le fatigue, patiemment, défendant très bien, et choisissant bien quand attaquer, quand presser, quand relâcher. Dès la quatrième reprise, on peut sentir la longue expérience au plus haut niveau de l’Américain. Pendant la 12e minute du combat, la tendance change. Floyd prend l’ascendant. De plus en plus. Sa gestion d’énergie est bien supérieure à celle de Conor (qui revient bien ceci dit dans le 8e round). Et un finish dans la 10e reprise.

Un combat à base de renversements de situation, de surprises. Franchement, qu’est-ce qu’il y a de nul à cela ? C’est le plus haut niveau que nous pouvons trouver en Anglaise aujourd’hui. Une belle année d’ailleurs pour ce sport, qui a aussi connu un supberbe combat entre Joshua et Klitshko plus tôt cette année, et qui va bientôt connaître deux combats d’anthologie (Canelo vs GGG et Lomachenko vs Rigondeaux).

Quelque peu dans la même optique

« Mayweather a laissé McGregor jusqu’au 10e »

C’est peut-être la plus grande et malheureusement récurrente abbérante réflexion du week-end. Les gens ont payé cher, donc il faut que ça dure. Dans la même optique que Mike Tyson à l’époque, en fait ?

Mayweather et McGregor ont sûrement chorégraphié les 3-4 gros contres de l’Irlandais des 2 premières reprises. C’est sûr que c’est agréable de prendre des gros coups au menton juste pour faire plaisir à ceux qui ont payé pour voir le combat. Je ne compte pas m’étendre sur contre-argumenter celle-ci. Mais je vais en profiter pour expliquer comment Mayweather a géré ce combat pour l’emporter « si tard« .

Comme Dan Gagnon et moi-même l’avions dit dans le dernier podcast « Tout sur la bagarre » (voir fin d’article), Floyd Mayweather est l’un des, voire le, combattants qui s’adapte le mieux au fil du combat. Il laisse souvent passer le premier pour s’habituer à la distance, la vitesse, le déplacement, le style de son adversaire. Il lit son jeu. Je le dis souvent, à plus haut niveau, ce n’est généralement pas une question de cardio ou d’endurance, mais de gestion d’énergie. Tous les athlètes de très haut niveau possèdent la capacité de tenir 5 rounds de 5 minutes, ou 12 de 3. C’est la manière dont on gère l’effort, quand tu accélères, quand tu endors. Comment tu réagis quand tu subis la pression de l’adversaire. Et c’est là que la différence s’est réellement fait ressentir. Mayweather a géré la pression d’entrée de jeu imposée par Conor en mode économique. Quand Mayweather décidait d’aller dans ses propres ressources, il fatiguait davantage McGregor. Lorsque McGregor imposait son rythme, il se fatiguait plus que Mayweather (oui, ça arrive; rappelez-vous de Rumble in the Jungle: Foreman se fatiguait à frapper un Muhammad Ali défensivement en place). Lorsque Mayweather imposait son rythme, il se fatiguait moins que McGregor. A souligner que Floyd a intelligemment travailler le corps de McGregor (j’en profite pour placer que, selon moi, les bodyshots sont sous-utilisés en MMA – il n’y est pas aussi habitué qu’un boxeur) pour le fatiguer. Stratégie que McGregor avait utilisée face à Chad Mendes.

Cette stratégie. Cette adaptation. Cette intelligence a payé vraiment les rounds 7, 9 et 10. Dans le même genre, Anthony Joshua et Vladimir Klitshko ont livré une véritable guerre de gestion du gas tank. C’est parti dans tous les sens et c’est cela qui fait que ce combat était le plus beau combat Heavyweight d’Anglaise des dernières années. C’est mon analyse de haut-niveau. Il y a de nombreux détails supplémentaires à ajouter, mais en gros, voilà mon pourquoi.

Puis il y a les nombreux qui les jalousent pour l’argent.

« Ils méritent pas cet argent »

Ils méritent chaque centime que ça leur a rapporté. Pourquoi est-ce que si tu mets deux gars choisis au hasard dans la rue dans un ring, personne ne paie pour regarder ? Mayweather, au même titre que McGregor travaillent dur, chaque jour, depuis des années pour deux choses: être élite dans leur discipline et être riche. Et ils réussissent. Personne ne réussit autant qu’eux, par ailleurs.

Ca me fait bien rire, ces réflexions liées à l’argent. Ils l’ont toujours dit; ils voulaient péter les records. C’était leur premier but. Le nice-to-have, c’était livrer en plus un beau combat. C’est chose faite. Double objectif rempli. Tout le monde y gagne.

Leur en vouloir maintenant pour avoir fait autant d’argent, c’est un peu comme en vouloir à Neil Armstrong d’avoir mis un pied sur la lune.

« Ouais mais ils ont fait ça pour l’argent ». Pour Neil Armstrong, vous aviez dit « ouais, mais il a fait ça pour aller sur la lune » ? Pour Usain Bolt, vous dites à chaque fois « ouais, mais il fait le 100 mètres pour le faire en moins de 10 secondes » ? Quand quelqu’un atteint son objectif, vous lui reprochez toujours d’avoir réussi ? C’est bizarre comme approche…

Au final, que doit-on en tirer ?
Plein de choses.
Il y a plein de choses.
La première, selon moi, comme on l’avait dit dans le podcast, c’est que les boxeurs peuvent maintenant officiellement arrêter de critiquer le striking des athlètes MMA.
Dans le podcast, je disais que ceux qui critiquaient ne réfléchissaient pas assez loin. Je leur avais conseillé de faire un sparring d’Anglaise avec des gants de MMA et de voir si ils étaient toujours aussi propres sur les fondamentaux. Si la distance restait la même. Si la réaction aux feintes étaient identiques. Si les systèmes de défense étaient pareils. Et qu’au-delà de ça, il fallait encore imaginer la possibilité des takedowns. Tout change, toute la dynamique est modifiée. Et c’est normal que certains fondamentaux sont complètement mis de côté en MMA, parce que la distance à couvrir bien plus grande. Conor a prouvé ce samedi qu’en 6 mois de temps, il a pu adapter son striking MMA à la boxe et offrir un réel combat au « TBE », qui a dû transpirer et travailler dur pour l’emporter.

La deuxième, c’est le respect. Il faut respecter ces deux légendes. L’un est sorti de la retraite à 41 ans, et a pris ce risque de perdre contre un 0-0. L’autre a affronté le meilleur d’une discipline qui n’est pas la sienne. Les deux ont livré une superbe performance. Autant The Notorious a surpris dans ses qualités de boxeur Anglais, autant Floyd a surpris en sortant de sa zone de confort habituelle et en s’imposant avec ce style, cette stratégie qui n’est pas la sienne de base.

La troisième, c’est que les deux sports y gagnent. Les deux sports ont gagné en visibilité. Les médias s’y sont intéressés de près. Partout dans le monde. Ils ont montré qu’un athlète MMA tout comme un athlète de boxe pouvait bien gagner sa vie si il gérait son business et son ascension correctement. Conor n’a pas un palmarès parfait. Il vivait dans sa voiture il y a 6 ans. Il avait perdu un combat il y a 16 mois. Une vraie inspiration, quel courage, quelle volonté, quelle persévérance. Putain, de l’autre côté, Floyd ne sait même pas lire. Comme quoi, la débrouillardise et le travail peuvent mener très loin.

Je garde quand même des choses à dire pour le prochain podcast. En attendant, je vous invite à réécouter le précédent. Je crois que Dan et moi étions « right on » avant ce combat. Ca mérite d’aller s’en rendre compte.

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Catégories :Post-Analyse

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